Publié le 23 avril 2020

NICOLE TROTIER, LA VIOLONISTE AUX 50 TOURNÉES INTERNATIONALES

Nicole Trotier est l’un des membres fondateurs des Violons du Roy. À ce titre, elle a pris part aux 50 tournées internationales de l’orchestre depuis 1988. Au moment où la crise sanitaire que l’on connaît bouleverse notre monde et où Les Violons du Roy devaient effectuer une nouvelle tournée américaine, elle a bien voulu répondre à nos questions. 

Q : Quel regard portez-vous sur cet impressionnant accomplissement? / Que retenez-vous des premières tournées en Europe (1988-1992)? 

D’abord, oui, nous étions plutôt jeunes à la fondation des Violons du Roy! On répondait à un besoin différent de musique d’ensemble à Québec, soit un orchestre de chambre en particulier tourné vers les répertoires des 17e et 18e siècles. On a eu un certain succès localement et puis sont venues les tournées. Au début, nous étions bien nerveux (lors des premières tournées en Europe notamment) et nous étions pas mal surpris de voir l’accueil très chaleureux du public. Et puis, notre réputation a grandi et au cours des années sont aussi venues des tournées de plus en plus prestigieuses avec tous les défis que cela comportait. Nous avons eu le privilège de jouer dans des salles fabuleuses, de visiter de beaux pays, de belles villes et des publics enthousiastes. Ces expériences ont beaucoup fait grandir l’orchestre.

En 1988, Les Violons du Roy ont effectué leur première tournée en Europe. Sur la photo : Bernard Guay, Nicole Trotier, Marie Grenon, Julie Cossette, Caroline Dubé (photo : courtoisie de Laurent Patenaude)

Q : Pourriez-vous nous raconter quelques anecdotes de tournées?

Vous pouvez facilement vous imaginer que nos tournées, toutes nos tournées, sont remplies d’anecdotes! Certaines cocasses : une violoniste se faisant poursuivre par une dinde furieuse en Espagne; la visite d’un parc d’iguanes (vivants!) en Équateur; un violoncelliste aspergé par une cigogne (signe d’une richesse prochaine)…

L'altiste Jean-Louis Blouin photographie les iguanes en Équateur en 2003. (photo : Nicole Trotier)

Il y a eu aussi des moments moins agréables comme des retards et des annulations de vols d’avions qui ont parfois mis en péril des concerts. Dans nos premières tournées, il y a eu des hôtels (disons) moins parfaits… Dans l’un d’eux, notre contrebassiste fondateur avait trouvé une immense coquerelle dans son soulier! Il y a tellement d’autres histoires et je suis certaine que les musiciens des Violons de toutes les époques en auraient long à raconter! Fait important à souligner, nous avons été passablement épargnés par les maladies et les accidents.

Nous passons bien sûr beaucoup de temps en groupe, mais nous disposons aussi de portions de journées où nous sommes libres de nous promener sans le groupe. Et il y a des grandes villes où la sécurité est parfois aléatoire!!!

Q : Y a-t-il des concerts de tournées qui vous ont particulièrement marquée, que ce soit pour la salle, le soliste,  le répertoire, la ville, etc.? 

Il y a en haut de la liste ce concert à New York dix jours après le tragique 11 septembre 2001. L’ambiance de calme surréel dans  les rues (je m’étais demandée si on était dans la bonne ville!), le programme planifié des années avant (Requiem de Mozart et Messe Nelson de Haydn) l’accueil du personnel à la salle, et l’enregistrement du disque live (à Troy, NY) qui a suivi. Que d’émotions!

Il y a aussi notre tout premier concert au Concertgebouw d’Amsterdam qui est mémorable en juillet 2004. L’acoustique exceptionnelle de l’endroit, notre magnifique soliste, Magdalena Kožená, et la petite crainte que chef et soliste ne tombent dans les marches qui mènent à la scène! (les musiciens d’orchestre entrent par une porte plus sécuritaire).

Je pourrais encore citer de nombreux moments magiques. Toutes nos premières découvertes du son des grandes salles, mais les tournées ont  aussi permis des rencontres inoubliables avec des artistes, sans oublier notre public dans les endroits réputés comme dans les moins connus. Des moments de richesse qui nous ont fait beaucoup grandir.

Nous devions être en tournée aux États-Unis en ce mois d’avril 2020. C’est bien sûr avec tristesse que nous avons dû y renoncer. 

Merci beaucoup Nicole! Et bravo pour toutes ces tournées accomplies (presque) partout dans le monde!

Un souper des Violons du Roy à Santa Barbara aux États-Unis en 1998. Le concert des Violons du Roy avec le mandoliniste Avi Avital prévu pour le 28 avril 2020 à Santa Barbara a été annulé en raison de la pandémie covid-19. (photo : courtoisie de Laurent Patenaude)

Les musiciens des Violons du Roy Noëlla Bouchard, Laurent Patenaude (alors altiste surnuméraire), Claudine Giguère, Judith Chamberland et Kirsty Money au Maroc en 1995. (photo : Nicole Trotier)

Les Violons du Roy en tournée en Belgique au début des années 1990. (photo : courtoisie de Laurent Patenaude)